Photographe mariage
Selon le grand maître du chimigramme Pierre Cordier:

"10 questions à propos du chimigramme

1 / « Le chimigramme est-il une photographie ?»

Non : « photo - graphie » veut dire « écrire avec la lumière ».
Or, le chimigramme se fait en pleine lumière. Comment écrire avec la lumière sur un support qui a déjà été entièrement touché par celle-ci ?
Le chimigramme n’est pas « écriture de lumière » mais bien « écriture de chimie » puisque ce sont les produits révélateurs et fixateurs qui écrivent.
Quant à dire qu’un chimigramme est une photographie parce qu’il a été réalisé sur un papier photo équivaudrait à dire que « La Joconde » est une pièce d’ébénisterie puisqu’elle a été peinte sur bois.

2 / « Le chimigramme est-il un « photogramme » ? »

Non. Comme le photogramme, le chimigramme est réalisé sans appareil photographique («cameraless photography») et sans agrandisseur («lensless photography»). Mais le photogramme est une technique où la lumière écrit, comme en photographie. Et dans le chimigramme, c’est la chimie qui écrit, non la lumière. Il devrait donc être classé dans une catégorie particulière et non annexé au photogramme comme certains historiens spécialistes de ce dernier l’ont fait, dans des publications et sur Internet.

3 / « Le chimigramme est-il exclusivement chimique ? »

Comme le mot « chimigramme » est dérivé de « chimie » plusieurs critiques et historiens pensent que les formes des chimigrammes sont obtenues uniquement avec la chimie et méconnaissent ou ne comprennent pas l’utilisation des produits localisateurs qui permettent d’obtenir des formes particulières. Ces produits, qui entrent dans la fabrication des peintures (vernis, cires, huiles), subissent des transformations non chimiques mais “physiques” : décollement, craquellement, érosion, dissolution, etc.
Qui peut le plus, peut le moins : il est possible d’obtenir des chimigrammes très rudimentaires en faisant agir seulement le révélateur et le fixateur sur le papier photosensible, mais les résultats ne se distinguent pas beaucoup de ceux obtenus avec la technique de l’aquarelle.

4 / « Les produits localisateurs sont-ils des produits très rares ? »

Non. Les produits localisateurs sont innombrables : tout ce qui adhère quelques instants sur le papier photographique peut faire un chimigramme. On les trouve dans la cuisine, dans la salle de bain, chez les marchands de peinture.

5 / « Le chimigramme utilise-t-il des produits chimiques rares ?»

Certains auteurs pensent que les formes complexes du chimigramme ne peuvent être obtenues qu’avec des produits rares,comme ceux de l’alchimie.
Or, ces produits chimiques sont ceux que l’on emploie en photographie : révélateurs, fixateurs, etc. Par exemple, il n’y a pas d’acides (confusion avec la technique de la gravure). En résumé, le chimigramme n’est pas plus « chimique » qu’une photographie.

6 / « Le chimigramme est-il « aléatoire » ? »

C’est la première question que l’on me pose : on veut savoir dans quelle mesure l’auteur d’un chimigramme dirige sa création et dans quelle mesure il est aidé par la technique.
D’abord, n’oublions pas dans quelle mesure le photographe est aidé par sa technique par rapport au peintre, au dessinateur, au graveur.
Ensuite, il faut distinguer les différentes formes de hasard :
1. le hasard incontrôlé, la technique n’étant pas encore dominée,
2. le hasard contrôlé, la technique étant dominée,
3. le hasard incontrôlable, la technique étant en partie dominée et, en partie, permettant d’introduire des “accidents” (cf. “l’œuvre ouverte“ d’Umberto Eco). J’ai mis au point des vernis qui me permettent une réduction presque totale de l’intervention du hasard mais, parfois, je le laisse agir. N’est-il pas, comme dans la vie, source de surprises, de renouvellements ?
4. le hasard programmé, choix de nombres tirés au sort.

7 / « Pourquoi se préoccuper tellement de technique ?»

À quelques exceptions près, les intellectuels n’ont que du mépris pour la technique. Pourtant, c’est la technique qui crée de nouveaux langages :
la caméra 16 mm a créé le Nouveau Cinéma.
«C’est l’étude approfondie de la manière dont une œuvre est techniquement réalisée qui permet de la comprendre pleinement…» Anthea Callen in “Les peintres Impressionnistes et leur technique”.

8 / « Peut-on ajouter un « O » au milieu du mot « chimigramme » ?»

Surtout pas ! Lorsque j’ai inventé le mot en 1958, les techniques thérapeutiques dont le nom commence par les mêmes cinq lettres n’étaient pas encore connues. Si le chimigramme a besoin d’eau, le mot n’a pas besoin d’O !

9 / «Le mot chimigramme subit-il les effets de la péjoration du mot «chimie» ?»

Peut-être. On n’utilise, en effet, trop souvent le mot ”chimie” pour dénoncer la pollution, les poisons alimentaires, etc. Je m’efforce de rencontrer des scientifiques, des industriels, des journalistes qui ont le même souci de réhabiliter ce mot qui est pourtant à la base de tout ce qui existe sur terre.

10 / « Peut-on comparer le chimigramme avec les techniques actuelles ?»

D’un point de vue technique, la peinture pourrait être comparée à la marche à pied, la photographie à l’automobile et l’ordinateur à l’avion.
Le chimigramme, lui, pourrait être comparé au vélo : simple, rapide et bon marché.
La plupart des chimigrammes réalisés dans le monde et qu’on trouve sur internet ont été faits sans produits localisateurs, en peignant directement sur l’émulsion photosensible avec le révélateur et le fixateur. Les résultats ressemblent à de l’aquarelle.
Pourtant, faire le chimigramme avec un produit localisateur ( vernis, cire, huile, etc… trouvé dans la salle de bain ou la cuisine ) permet d’obtenir des résultats plus accomplis qui ne ressemblent ni à une peinture, ni à une photo,
ni à un dessin à l’ordinateur.
Quiconque se contente de dessiner avec du révélateur et du fixateur sur l’émulsion photosensible me fait penser à un cycliste qui marcherait à côté de son vélo."

Top